« Le peuple jouit de mes sympathies. Il faut que je m’adresse à lui directement, que j’en tire ma science, et qu’il me fasse vivre. » Ce que fait dire Balzac (Un prince de la Bohème) à Gustave Courbet, à l’instar de de ce Bonjour Monsieur Courbet tableau emblématique de notre Courbet national, me semble intéressant à noter pour introduire quelques similitudes avec un autre artiste, italien cette fois-ci !

Etant parti pour voir l’exposition de François Morellet «100 pour cent » au Centre Pompidou-Metz, exposition historique un tantinet rétrospective à l’occasion du centenaire de la naissance de l’artiste, je tombe, sans le faire exprès, sur un Dimanche Sans Fin, exposition de Maurizio Cattelan, ici en tant que co-commissaire de l’exposition avec Chiara Parisi, directrice de ce Centre Pompidou-Metz, sa complice de longue date. S’appuyant sur la trame d’un abécédaire en hommage au philosophe Gilles Deleuze, l’exposition propose une traversée inédite dans l’histoire de l’art, riche en associations libres et en contrepoints surprenants. (dixit le texte de la brochure de présentation) Chaque section, intitulée d’après un poème, un film ou un roman, fonctionnent comme une invitation à revisiter les idées associées au dimanche et à s’immerger dans l’univers complexe de Maurizio Cattelan qui guide le visiteur. Des textes écrits par Cattelan lui-même, inscrits sur les murs comme autant de visions du monde ou d’autoportraits, trouvent leur contrepoint dans ceux rédigés par des femmes en détention, à partir du même abécédaire, consultables en salle à disposition des visiteurs.
Au hasard je retiendrai celui-ci :
Je ne trouve rien de plus prémonitoire que cette phrase, qui apparaît dans une œuvre de Jenny Holzer (Untitled, 1987). Nous sommes dans un tel état de déni que nous refusons d’admettre que le monde entier est en guerre, ou le sera bientôt. Nous nous berçons de l’illusion que tant que les bombes ne tombent pas directement sur nos têtes mais sur celles de nos voisins, notre implication est moindre, que les conséquences ne nous affectent pas. L’origine de la guerre est un secret que tout le monde connaît mais qui reste murmuré, par peur que quelqu’un nous remarque, nous largue un missile sur la tête et nous fasse exploser.
Cattelan en colère ? Peut-être bien. Au regard des quelques pièces installées à Metz l’artiste ne fait pas dans la dentelle. Ce magnifique remake de la pièce du maestro du happening Allan Kaprow Yard de 1961 dans l’entrée du musée Pompidou-Metz donne le ton ! (on ne dira jamais assez l’influence de Kaprow sur le travail de Cattelan, et de Fluxus à Cattelan il n’y a qu’un pas.). L’artiste sait utiliser l’espace et nous le rend bien. Cattelan un fabuleux sculpteur ? oui et n’ayons pas peur des mots. Au delà de pas mal d’œuvres tape-à-l’œil, communication oblige, l’ironie est toujours la pierre angulaire de son travail, l’artiste joue avec justesse et précision sur les aléas du voir et du non-voir. L’éléphant par exemple, il prend tout l’espace alors même qu’il est dissimulé sous un voile. Beaucoup de ses pièces jouent sur ce subterfuge. Elles sont énormes mais elles ne se voient pas forcément, je pense ici à Hollywood (2001) par exemple, installé dans une décharge à Palerme, plutôt que dans les jardins d’une Biennale à Venise. L’inverse aussi, certaines pièces ne prennent pas de place mais elles en imposent et débordent de partout, comme l’Autoportrait, sans titre, à la monnaie de Paris en 2016, aussi ses personnages « rétrécis au lavage »… (voir Cattelan Maurizio-autobiographie non autorisée de Francesco Bonami, les presses du réel, 2013).
Enfin bon, Cattelan artiste multi facettes ? Certainement un commentateur-journaliste de premier ordre pour une remise à jour de l’art de notre temps. Mais pour quelle raisons ? Peut-être simplement pour prendre en compte le commentaire en soi comme étant une œuvre d’art ? Sachant que pas mal d’œuvres en soi sont déjà des commentaires. Les artistes ont tendance à commenter leur propres état de santé ou celle du monde, d’autres commentent le fait de ne pas commenter, et comme le dit Kaprow les critiques commentent tous les commentaires, comme je suis entrain de les commenter ici.

Pour compléter le tout je n’hésite pas en prime time à recommander le petit livre de Lydie Salvayre, Depuis toujours nous aimons les dimanches, roman sérieux et incontournable sur les choses de la vie. D’ailleurs un de ses slogans préférés : travailler moins pour lire plus.