Avec « Salle d’attente », Sébastien Hoëltzener et Marc Giloux questionnent le plagiat et la notion d’auteur.
Il est 19 h 30. Une quinzaine de personnes, des habitués des lieux principalement, se trouvent
dans l’atelier du plasticien Sébastien Hoëltzener à la Morinerie, une friche industrielle de Saint-
Pierre-des-Corps reconvertie en un lieu pluridisciplinaire.
Contre l’un des murs blancs, des tableaux forment une enfilade de chaises, aux motifs et couleurs
variés, évoquant des formes géométriques, des drapeaux, des objets du quotidien, des personnages.
L’oeuvre s’inspire du travail de l’artiste Marc Giloux qui, le premier, a créé ce type d’assises
faites de toiles de peinture acrylique. En face, contre l’autre mur, se trouvent un bureau
et un écran d’ordinateur.
Les derniers invités viennent à peine d’entrer que la connexion se lance et Marc Giloux lui-même
apparait à l’écran. Mêlant à la fois les objets et les personnes présentes, le dispositif « Salle d’attente-
la peinture à l’heure de sa reproductibilité technique », démarre.
Devant l’audience – qui écoute sagement mais n’a paradoxalement aucune chaise pour se poser –
l’artiste résidant à Venise revient sur la Biennale, une manifestation d’art contemporain qui
vient de s’ouvrir dans la Cité des Doges, critiquant le marché qu’elle est devenue.
Puis, une participante l’interroge. Avec cette oeuvre réalisée par l’artiste corpopétrussien, « est-on
en face d’un “Marc Giloux” ou d’un “Sébastien Hoëltzener” ? » Car, le second s’est approprié
la forme comme la façon de peindre du premier (tout en lui demandant l’autorisation).
Le Vénitien rentre alors dans le vif du sujet, en évoquant la reproductivité des oeuvres, l’identité
de l’artiste et la notion d’auteur, mouvante. Selon lui, elle n’est pas forcément rattachée à un
individu mais peut être partagée par un collectif ou plusieurs personnes. « C’est plutôt sympathique
comme manière de voir l’art et les échanges entre artistes, réagit a posteriori cette spectatrice.
D’autant plus à l’aire des réseaux, où tout le monde voit tout et où une idée migre. »
« J’ai commencé par le copier vraiment, explique Sébastien Hoëltzener, en désignant l’un des
tableaux. Cette chaise, par exemple, se rapproche de son esthétique. Après je me suis dit que
j’allais créer un mouvement. Et j’en ai fait plusieurs en même temps. »
D’autres différences affleurent dans le processus créatif : « Alors que ses chaises sont composées
de quatre tableaux qui tiennent en équilibre, j’ai choisi de peindre directement sur le mur. »
Et là où Marc Giloux ne produit généralement qu’un seul exemplaire, libre dans l’espace,
Sébastien Hoëltzener a pris le parti de constituer cette « salle d’attente ».
Pourquoi ce nom d’ailleurs ? « C’est ce que cela évoquait à Marc. Et quand on utilise Zoom
(logiciel de vidéoconférence), on se retrouve d’abord dans une salle d’attente. C’est un
imaginaire que chacun peut s’approprier. »
Après quarante minutes d’échanges, avec quelques hachures sur la liaison, la visioconférence
s’arrête d’un coup, en plein milieu d’une phrase, au moment même où, étrangement, Marc Giloux
prononce son propre nom. Le dispositif prend fin. Les tableaux seront désinstallés rapidement.
Certains spectateurs prennent alors le temps de s’approcher de ces chaises, de les observer,
de scruter les différences. Avant qu’une artiste-spectatrice ne demande : « et Marc Giloux, il est célèbre ? »
Toinon Debenne


photographies La Nouvelle Babylone